Entre deux

Ce qui me nourrit de mieux en mieux, c’est le battement dans le battement, la résonance entre les battements, et la Source silencieuse qui est racine du son.

Lorsque je joue le tambour avec ma main ou une mailloche, la peau du tambour se met en vibrations. Elle vibre et ondule. Elle se met à danser sa danse, au rythme que nous nous proposons ensemble. Elle oscille, enfle, et peu à peu le son prends sa place ; toute sa place. Un battement. Un autre battement. Entre chaque battement, l’espace du déploiement. En écoute attentive de cet entre-deux-battements, je réalise la profondeur du son qui peu à peu m’ondule et déploie mon Geste.

La danse s’installe entre le tambour et qui je suis. D’être à être nous communiquons pour glisser peu à peu ou soudainement dans le communion. Entre chaque battement, la résonance se déploie, se déplie ; elle se multiplie avec chaque harmonique qui s’élève. Je peux poser mon attention sur l’une ou l’autre de ces harmoniques pour l’amener à vibrer et résonner jusqu’à son apogée, entraînant et stimulant ma danse sur cette paroi vivante. Entre chaque battement, j’entends d’autres sons, d’autres créations jusqu’alors invisibles à mes oreilles. Et je comprends ce que me disait très récemment un ami:  » tu entends le son dans le son dans le son … ». Oui il a capté l’essence de mon art. Le son dans le son …  Et ce son dans le son ne peut advenir qu’en connaissance du Silence.

Car le battement et l’espace inter-battements sont emplis de silence. De Silence. De silences. Il y a de nombreuses qualités de silence qui correspondent à des vibrations et ondes de formes particulières et à des plans de conscience, des champs de notre esprit. Le silence est racine du Son. Le silence est racine du Verbe. Certains sons sacrés sont  verbe, langue de soin, langue de son, langue traditionnelle pour apaiser, soigner , guérir, accompagner, résoudre, transformer, accueillir, libérer…

Je suis donc attentif à mon propre geste, jusqu’à sa libération qui correspond avec le son, le battement, le silence qui ne sont plus séparables alors. De cet espace je peux m’effacer … être canal du Vivant. Je peux aussi prier, poser mon attention et mon intention les plus hautes pour le soin que je porte au tambour, à sa peau, au bois qui le constitue … pour la cérémonie qui est en cours, pour le concert qui se joue alors, pour ce partage de l’indicible.

Alain Désir  31 Octobre 2017

 

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