Ecoute …

J’entends tellement de tambours qui sont joués sans écoute, sans réelle attention …

Certes, les « esprits  » sont invoqués, les directions évoquées, en tous cas, à ce qu’il parait … Mais comment, en tant qu’esprit avoir envie de venir dans ce vacarme ? Comment participer à la Beauté du Sentir lorsque le tambour n’est pas écouté, le souffle raide, le geste serré, le mental volontaire ? Bien sûr il n’est pas question de tricher et, oui, les muscles peuvent se durcir … alors comment les relâcher ? Le souffle peut se crisper … alors comment le détendre ? Si j’écoute le tambour auquel je donne mon souffle, il me donne le sien … si j’entends le son du moment de l’impact, si j’entends le son qui se prolonge derrière …

Alors je peux entendre le son dans le son … petit à petit mon oreille s’affine, mon geste se tranquillise, se simplifie. L’Art du Tambour est l’Art du simple, un Art du simple.

Qui commence par l’écoute. Ecoute de mon mouvement, écoute du son qui frémit, écoute de la réaction de mon corps, ici, ou là ; écoute de la résonance de la pièce, écoute du souffle qui s’installe, qui ébauche une danse … qui inspire… qui expire … qui insprie … qui exprie … Ecoute de la rivière qui joue en écho, des chants des grillons qui se répondent et jouent avec mon rythme, écoute des nuages qui passent et dévoilent le soleil lorsque ma pensée , mon geste , mon coeur et le tambour sont alignés avec l’invisible … oui … le nuage peut s’entr’ouvrir, clin d’Oeil de l’invisible au nu du visible imprévisible.

Je joue le tambour à sa mesure, à sa juste mesure et non à ma démesure … je tais mon geste impétueux qui déclenche des tempêtes là, juste de l’autre côté du soupir.. J’observe et je goûte, je hume et j’aspire … je vois les lèvres du temps qui doucement s’écartent et tendrement laissent échapper leur mélopée … porte ouverte entre les mondes … courant d’Air … Alors j’ajuste encore et toujours mon geste afin que la résonance du tambour joue, danse, provoque, évoque le chant qui s’élève … je ne force rien, n’attends rien … je suis joueur , je suis joueuse du tambour de la vie qui en mon coeur palpite. Et sur mon tambour , doucement j’évoque … la course de l’eau …

Je ne cherche rien … Le Son me guide … le son guide mon geste … les harmoniques, ces petites notes subtiles qui montent les étages sur le fil ondulant du son, les harmoniques enflent et s’amplifient, jouent entre elles et avec tout ce qu’elles rencontrent sur leur passage. Les harmoniques galopent au gré du non temps ….et ouvrent les petites portes du destin, clef de l’invisible … Point n’est besoin d’inventer quoi que ce soit ;.. Tous les rythmes du Monde existent déjà !

Ces rythmes sont des codes qui ouvrent autant de serrures … ces rythmes assemblent, rassemblent, tissent, unissent ou détissent … métissent … oui ces rythmes métisses nous font glisser d’un monde à un autre … conscient de mon battement, je peux alors le diriger … je peux alors me diriger entre les mondes… je peux entrer dans la présence de mon corps … conscient de mon battement, je joue et danse …

Le son appelle ! Le silence aussi … et à un moment, dans un interstice entre deux battements, le silence se glisse, comme un feulement aveugle, comme un rouge carmin feutré par la goutte de rosée. Le silence prends sa place lumineuse. Interstice … Entre et tisse. Le silence tisse lui aussi ses fils, dorés et turquoises … Peu à peu silence et résonances se mettent en dialogue … s’appuyant sur le silence … mon battement jaillit … s’enfouissant dans le silence, le son s’immerge en la quiétude tu temps … se perd et se retrouve en l’instant présent.

Ecoute ton battement

Ecoute son battement

Découvre le, découvre toi

Danse ton geste, en ton souffle

Et surtout … ne dérange plus l’invisible … ne le convoque pas pour rien… aime le … et écoute le tel qu’il est, aussi.

Alain Désir 25 mars 2018

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